- Interview mit Prof. David Baud

Prof. David Baud
Chef du Service d’obstétrique CHUV Département femme-mère-enfant Lausanne
Le professeur David Baud est chef du Service d’obstétrique au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) depuis 2017. En tant que médecin-materno-fœtale, il s’occupe principalement des grossesses à haut risque, notamment en pratiquant avec son équipe le traitement au laser du syndrome transfusionnel fœtal dans les grossesses monochoriales. Ses priorités scientifiques sont, outre la recherche fondamentale, l’intérêt pour les infections. Ses priorités scientifiques sont, outre la recherche fondamentale, l’intérêt pour les infections et l’influence du microbiome génital. En 2020, il a créé « le COVI-Preg », un registre international pour le COVID 19 et d’autres pathogènes chez les femmes enceintes. Dans cette interview, le professeur David Baud nous parle de son parcours, de son séjour au Canada et de ses études sur la grossesse et le COVID.
Quels sont les sujets/questions/situations qui vous fascinent en tant que chercheur, enseignant et clinicien et pourquoi ?
Au terme de mon lycée (gymnase) à Lausanne, j’étais très hésitant sur la suite de mes études. En effet, j’étais à la fois intéressé par l’enseignement, l’ingénierie (EPFL) et la médecine. Je suis donc allé voir un conseiller en orientation professionnelle qui m’a fait passer de nombreux tests d’intérêts, de personnalité, psychotechniques. Au terme de cette journée, il m’informe que je n’étais pas du tout fait pour l’enseignement ou la médecine et qu’il me conseillait plutôt d’envisager une carrière comme ingénieur. Je n’ai malheureusement pas suivi son conseil, et suis devenu au fil des années médecin ayant reçu à 4 reprises le prix de meilleur enseignant au niveau master à la faculté de biologie et médecine de l’université de Lausanne.
Pour répondre plus précisément à la question, j’ai toujours été fasciné par les aspects infectieux, les grandes épidémies dans l’histoire de la médecine. Pour cette raison, au terme d’une année de chirurgie requise à l’époque dans la formation de gynécologie-obstétrique, j’ai effectué un PhD en microbiologie. Concernant l’enseignement, j’ai élaboré une stratégie très participative dans mes cours et des exemples avec des patients présents. Du côté clinique, pendant mes études de médecine, j’ai effectué de nombreux stages dans tous les domaines possibles. Tous ces domaines étaient passionnants d’un point de vue théorique, mais lassant d’un point de vue pratique ; sans trouver d’objectif clair de carrière. Mon dernier stage était la gynécologie-obstétrique, pour lequel je n’étais pas très motivé. Cependant, en voyant mon tout premier accouchement, il y a eu une étincelle, un coup de foudre, qui me disait que c’était la voie à suivre.
Votre entreprise a beaucoup de succès. Avez-vous eu un mentor pour votre propre entreprise ?
Il y a eu beaucoup de mentors au cours de ma carrière, qui ont pu être au départ des collègues assistants un peu plus avancés, des chefs de clinique et des médecins chefs. Il y a aussi eu des opportunités et de la chance. Par exemple, lorsque j’étais jeune médecin assistant en première année à Londres, un des médecins chefs les plus brillant avait fait son fellowship en médecine materno-fœtale à Toronto. Quelques années plus tard, au terme de mon FMH, je l’ai recroisé par hasard dans un congrès. Il m’a alors présenté à l’équipe de Toronto, où j’ai ensuite pu avoir le privilège d’y faire mon fellowship.
Quels conseils donneriez-vous à un jeune collègue qui souhaite entamer une carrière universitaire en tant que gynécologue-obstétricien ?
« La fascination a ceci d’extraordinaire qu’elle ne s’embarrasse d’aucun interdit ». L’important est la fascination et la passion pour un sujet. Les personnes passionnées auront toujours du travail, mais pas forcément où ils le souhaitent. À plusieurs moments dans ma carrière, on me disait qu’il n’y avait pas de poste disponible ou de débouché dans tel ou tel domaine, alors que les portes ont fini par s’ouvrir, poussées par la force de la motivation. Dans le triathlon, une des devises est « anything possible ». Il faut foncer vers ces envies, et ne pas regarder dans le rétroviseur.
Vous êtes au Canada depuis longtemps, que remarquez-vous le plus dans les deux systèmes de santé ?
La première grande différence avec notre système est l’absence de médecin installé et de clinique privée au Canada. Toute l’activité de gynécologie-obstétrique et des suivis de grossesses se fait uniquement en milieu hospitalier, et non en cabinet. En raison des grandes distances, toutes activités spécialisées sont regroupées dans quelques grands hôpitaux à travers le Canada. Par exemple, lors de mon fellowship à Toronto, toutes les pathologies d’une population trois à quatre fois celle de la Suisse venaient dans cet hôpital. Certaines patientes faisaient cinq heures d’avion pour venir faire une consultation, dormaient dans un des hôtels appartenant à l’hôpital, avant de repartir chez elle le lendemain. Les patientes étaient extrêmement reconnaissantes de pouvoir bénéficier d’une consultation spécialisée, et acceptaient sans s’indigner à devoir attendre plusieurs heures avant d’être vues.
Pouvez-vous expliquer les résultats les plus importants de votre étude COVID Pregnancy ?
Au tout début de l’épidémie, les premiers articles venant de la Chine, d’Italie et des Etats-Unis étaient relativement rassurants concernant l’impact du virus chez les femmes enceintes. Ces études étaient de petites tailles, et prenaient comme groupe contrôle une population « générale » âgée. Les femmes enceintes d’une moyenne d’âge de 30 ans étaient comparées à des hommes de 70 ans. Dans ce cadre, afin de définir l’impact réel de l’infection COVID-19 chez les femmes enceintes, nous avons mis en place un registre international qui a permis de collecter rapidement beaucoup de données. De nombreux médecins et hôpitaux en Suisse ont participé, et notre pays a ainsi pu montrer sa force, sa qualité et sa précision. Nous avons ainsi pu mettre en évidence que les femmes enceintes étaient particulièrement vulnérables à l’infection, avec un risque d’hospitalisation aux soins intensifs, d’évolutions maternelles et néonatales sévères particulièrement élevées pour cette tranche d’âge de la population. Les femmes enceintes ne faisaient alors pas partie de la population vulnérable selon l’OFSP. Les données de COVI-Preg ont permis de faire modifier le statut des femmes enceintes en Suisse et de mieux les protéger. Le registre nous a permis aussi de suivre les différents variants et leurs impacts sur la grossesse. Le variant delta s’est avéré particulièrement dangereux pour la femme enceinte, et était aussi capable d’induire des morts in utéro particulièrement foudroyantes et de manière indépendantes à la symptomatologie maternelle. Dans nos laboratoires, nous avons pu prouver que le virus infectait particulièrement bien le placenta. Finalement, le registre nous a permis de suivre la vaccination au nouveau vaccin mRNA chez les femmes enceintes. Nous avons ainsi pu montrer que le vaccin était protecteur et sûr, et ce même lors d’une administration pendant le premier trimestre.
Quelles sont les questions que vous aimeriez aborder au cours des cinq prochaines années ?
En parallèle de mon intérêt pour les infections, nous développons actuellement différentes technologies avec des outils connectés. L’une d’elle vise à suivre le risque d’accouchement prématuré grâce à une serviette hygiénique connectée (conjointement avec l’EPFL). D’autre part, nous avons développé une application de sciences participatives pour les femmes enceintes appelée « Datamama », actuellement téléchargeable sur smartphones. Les femmes enceintes y trouvent de nombreuses informations sur la grossesse, suivent leurs rendez-vous en fonction de l’âge gestationnel et peuvent partager les données de leurs grossesses, dans un but justement de sciences participatives.
Quelles sont, selon vous, les questions les plus importantes pour la prochaine génération ?
Ma principale peur est l’augmentation des problèmes juridiques dans la médecine en générale, mais particulièrement dans notre domaine de la gynécologie-obstétrique. Les aspects juridiques peuvent mener à des décisions de plus en plus erronées d’un point de vue médical afin de protéger le médecin. Il y a également de plus en plus d’injonction politique et financière dans notre pratique. La médecine devient de moins en moins basée sur les connaissances scientifiques, mais devient de plus en plus politique et financière.
Quelle est votre recette pour équilibrer votre vie professionnelle et votre vie privée ?
Avec notre métier, le sport le plus pratique pour moi a été la course à pied. Il ne nécessite pas de matériel, réalisable en tout temps et sans avoir à respecter un rendez-vous avec un partenaire ou une équipe. La course à pied m’a permis de m’échapper en nature et de me libérer du stress du métier. J’ai toujours aimé les sports d’endurance qui représentaient des défis pour moi. Après avoir effectué de nombreux marathons à travers le monde, j’ai effectué quelques Ironman (Triathlon longue distance avec 3,8 km de natation, 180 km à vélo puis un marathon en course à pied). L’hiver, j’effectue du ski de randonnée, ce qui m’a amené à participer depuis 20 ans à presque toutes les « Patrouilles des Glaciers » (PDG). Finalement, ces dernières années, il y a eu un large engouement pour les trails. J’ai eu l’occasion de me qualifier 2 fois pour la course la plus prestigieuse au niveau mondial, soit l’ultra trail du mont-blanc (UTMB). Ces défis m’obligent ainsi à m’entraîner régulièrement et à planifier mon temps au mieux pour y participer. Je pars quelquefois très tôt le matin courir ou tard le soir après mes heures de travail, ce qui est toujours une récompense dans ma journée.
Dans ces compétitions extrêmes, il faut gérer la fatigue, la faim, le froid, la nuit, les douleurs aux muscles, et souvent sur bien plus que 24 heures. Tester mes limites m’a beaucoup appris sur moi-même et aidé dans mon travail. Cette force mentale acquise en compétition est identique à celle nécessaire dans notre métier, lorsqu’il y a des coups durs, de la fatigue et du stress. De savoir que j’ai pu passer certaines montagnes m’aide à franchir celles imposées par notre métier, certainement l’un des plus beaux mais aussi l’un des plus difficile psychologiquement et physiquement.
Basel